La plupart des rétroplannings de mariage sont écrits pour dix-huit mois. Une bonne partie des couples qui nous écrivent en ont huit, parfois six. On leur explique alors, avec un tableau, qu’ils sont déjà en retard sur à peu près tout.
C’est faux, et c’est décourageant pour rien. Un mariage se prépare très bien en huit mois. Il se prépare différemment, et l’erreur consiste à essayer de faire le même travail plus vite.
Ce qui se comprime, et ce qui ne se comprime pas
Un rétroplanning long est un rétroplanning à options : on visite huit lieux, on compare cinq traiteurs, on change deux fois de direction artistique. Rien de cela n’est nécessaire au mariage lui-même. Ce sont des explorations, et elles sont agréables — mais elles ne se transforment en qualité qu’au moment où elles se referment sur une décision.
Ce qui ne se comprime pas est une liste courte, et c’est sur elle qu’il faut concentrer les premières semaines.
Les délais de l’état civil. Le dossier de mariage et la publication réglementaire imposent un délai minimum, et ce délai s’allonge sensiblement dès qu’un des deux époux est de nationalité étrangère ou réside hors de France : des pièces supplémentaires sont demandées, parfois traduites, parfois légalisées. C’est la première démarche à engager, avant même de visiter un lieu. Renseignez-vous auprès de votre mairie dès la décision prise — c’est gratuit, c’est rapide, et c’est la seule échéance de votre rétroplanning que personne ne peut déplacer pour vous.
Le préavis de vos invités. Une part de vos invités doit poser des congés, acheter des billets, faire garder des enfants. Six semaines suffisent pour un mariage local ; il en faut trois à quatre fois plus pour un mariage qui demande un voyage. Un save-the-date envoyé tôt, même sans aucun détail, vaut mieux qu’un faire-part parfait envoyé tard.
La robe et le costume. Une pièce sur mesure ou commandée en atelier demande des mois, retouches comprises. Sur un calendrier court, c’est souvent la contrainte qui décide : il faut soit décider très vite, soit se tourner vers du prêt-à-porter de qualité et un bon retoucheur, ce qui donne d’excellents résultats et que personne ne remarque jamais.
La disponibilité, qui n’est pas la vôtre. C’est la contrainte la plus brutale, et elle est purement arithmétique.
66,5 %
17 % des mariages français ont lieu au mois de juin 83 % se répartissent sur les onze autres mois de l'année
Si vous cherchez un samedi de juin à huit mois, vous ne cherchez pas un lieu : vous cherchez une annulation. Si vous acceptez un vendredi, ou la fin septembre, ou octobre, l’essentiel du marché vous est ouvert et vous négocierez mieux qu’un couple qui s’y prend un an à l’avance sur une date convoitée.
C’est le premier arbitrage, et il conditionne tous les autres.
L’ordre dans lequel signer
Sur un calendrier court, l’ordre compte plus que la vitesse. Une seule règle : signer d’abord ce qui ne peut recevoir qu’un mariage à la fois.
- La date et le lieu, ensemble, jamais l’un sans l’autre. Sur huit mois, la date se choisit dans les disponibilités du lieu que vous aimez, et non l’inverse.
- Le traiteur, immédiatement après — ou avant, si le lieu impose le sien, auquel cas la question fait partie du choix du lieu.
- Le photographe et la vidéaste. Un bon photographe est réservé aussi longtemps à l’avance qu’un bon lieu, et c’est le prestataire dont l’absence se voit le plus longtemps.
- La coordination du jour J, si vous ne prenez rien d’autre. Sur un calendrier compressé, c’est le poste au meilleur rapport tranquillité-prix.
Tout le reste — fleurs, papeterie, musique, décoration, alliances, coiffure — se réserve confortablement dans les trois à quatre mois qui précèdent. Ce sont des métiers dont l’agenda se remplit plus tard, et les couples les traitent presque toujours trop tôt, au détriment des quatre points ci-dessus.
Ce à quoi il faut renoncer
Nous préférons le dire franchement, parce que l’illusion inverse coûte des semaines.
Vous renoncerez probablement au lieu précis dont vous rêviez, s’il est très demandé, sur la date précise dont vous rêviez. Vous renoncerez à une création entièrement sur mesure — papeterie dessinée, mobilier fabriqué, pièces uniques — au profit d’un travail de sélection, qui donne d’excellents mariages. Et vous renoncerez à comparer : il faudra décider sur deux ou trois propositions au lieu de six.
En échange, vous gagnez quelque chose que les longues préparations n’ont pas, et que nous observons assez systématiquement : moins de temps pour changer d’avis. Les mariages préparés sur dix-huit mois sont souvent redessinés deux fois, non parce que le premier projet était mauvais, mais parce qu’il y avait le temps de douter. Une préparation courte oblige à décider vite, avec les gens que l’on a, sur le lieu que l’on a — et cela produit des mariages remarquablement cohérents.
Le seuil réel
À notre expérience, la limite basse d’un mariage de cent personnes préparé sérieusement en France se situe autour de cinq à six mois, à condition d’être souple sur la date. En dessous, tout reste possible, mais le projet change de nature : on ne choisit plus, on prend ce qui est libre, et il vaut mieux alors assumer un format plus court — une cérémonie et un déjeuner, cinquante personnes, un beau lieu un vendredi — plutôt qu’une grande réception mal servie.
Et si le calendrier est vraiment court, il existe une porte de sortie que peu de couples envisagent : déplacer le mariage hors de la haute saison française, ou hors de France. Un samedi d’octobre à Marrakech se réserve aujourd’hui avec une facilité que la même date en Provence n’aura pas.